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Rachid Taha
Pionnier du métissage culturel, chanteur emblématique de "Carte de Séjour", le groupe mythique de punk-rock arabe des années 80. Aujourd'hui, après de lumineux détours technoïdes, Rachid revient aux sources. Plus blouson de cuir que djellaba, plus rock'n roll que musique traditionnelle, Rachid Taha est un chanteur atypique. Il n'a pas la voix douce et policée des chanteurs de raï, ces chanteurs de l'amour et de la joie de vivre. Son chant est âpre, son phrasé sans mollesse et il a un physique de teigneux : petit, mince, vif et nerveux. D'ailleurs, il a une voix de teigneux, une voix râpeuse, qui n'arrondit pas les angles, qui semble sans cesse en situation d'urgence. Rachid Taha fait partie de ceux qui nous sont nécessaires. Il est de ceux qui crient pour alerter au feu quand tout s'embrase. L'Algérie tout d'abord. Et puis les banlieues, la zone. Deux brasiers qu'il fréquente : il est entre les deux, il passe de l'un à l'autre depuis toujours. Il est des gens qui n'ont pas la vie facile, qui ont eu à se battre très tôt. Fils d'immigrés installés en France, il entre dans la vie active en étant ouvrier dans une usine de chauffage du côté de Lyon. Puis il fait du porte-à-porte en vendant des encyclopédies médicales. Le tout en ayant quitté la maison familiale à 18 ans. En 1982, il fait le Dj dans une boîte de Lyon, un night-club qui accepte tous ceux qu'on a refoulés ailleurs (beurs, noirs et gens avec une tronche pas catholique). Au milieu des années 80, il fonde le groupe Carte de Séjour qui rencontrera la notoriété grâce à une reprise punko-maghrébine de "Douce France" de Charles Trenet. Ce pied de nez au Front National connaîtra son heure de gloire lorsque Jack Lang (alors ministre de la Culture) et Charles Trenet (vénérable poète de la chanson française) distribueront le 45 tours aux députés dans les travées de l'Assemblée Nationale. Puis le groupe se sépare et Rachid s'aventure vers de nouvelles voies. Grosso modo, des mix de techno et de cette musique rock-arabo-militante qui fait battre son cœur. Les policiers lyonnais se souviennent d'expulsions de squatters qui mobilisèrent les jeunes des banlieues, jeunes qui marchaient vers eux en chantant le fameux "Voilà voilà que ça recommence" (chanson anti-fasciste) signée Rachid Taha. Il faut croire que les musiques chantées par Rachid ont le don d'être transformées en hymnes puisque aujourd'hui sa reprise de "Ya Rayah" -un tube de Dahmane El Harrachi (1926-1980)- est devenue le chant de ralliement de la jeunesse de Beyrouth."Diwan", le disque de son retour aux sources, est marqué à la fois par la colère et par la douce nostalgie des airs entendus au long de l'enfance. C'est une série de reprises de classiques de la chanson arabe. Cet album inspiré et sensible a ramené Rachid sur le devant de la scène, et sa prestation a enflammé "Un, deux, trois…Soleil", le méga-concert qui réunissait Khaled, Rachid Taha et Faudel. En 2000, Rachid Taha est revenu avec "Made in Medina" ; un superbe album enregistré avec son complice Steve Hillage, dans lequel il reçut de nombreux invités (dont Femi Kuti et les Bn'et Marrakech) et qui lui valut l'attribution du meilleur album de World Music pour les Victoires de La Musique 2001.
Magali Bergès
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